Vous avez toujours été celle sur qui l’on peut compter.
Celle qui fait les choses sérieusement. Qui prépare. Qui anticipe. Qui essaie de ne pas décevoir. Celle qui, à l’école déjà, avait compris qu’il existait une manière assez simple de savoir si elle avait bien fait : une note, une appréciation, le sourire d’un professeur.
Les années passent. Il n’y a plus de bulletin scolaire.
Et pourtant, quelque chose peut continuer à attendre la correction.
Ai-je pris la bonne décision ? Est-ce suffisamment bien ? Que vont-ils penser de moi ? Est-ce que j’en fais assez ? Est-ce que j’ai le droit de vouloir cela ?
C’est là que le syndrome de la bonne élève devient beaucoup plus complexe qu’une simple histoire de perfectionnisme.
Parce qu’à force de chercher à bien faire, il arrive que l’on ne sache plus très bien pour qui l’on est en train de vivre.
✨ Et si vous arrêtiez quelques instants de chercher la bonne réponse… pour revenir à la vôtre ? ✨
Le syndrome de la bonne élève, c’est quoi exactement ?
La bonne élève est souvent sérieuse, consciencieuse, impliquée, curieuse. Elle aime comprendre, apprendre, approfondir. Elle sait faire des efforts et aller au bout des choses.
Autrement dit : beaucoup de ses caractéristiques sont de véritables qualités.
Le problème ne commence donc pas lorsqu’on aime bien faire.
Il commence lorsque quelque chose se mélange progressivement :
la qualité de ce que je fais et la valeur de qui je suis.
À l’école, le système est particulièrement clair. Vous faites ce qui est demandé. Votre travail est évalué. Vous obtenez une note.
Et si vous êtes particulièrement sensible au regard des autres, la récompense n’est pas seulement la note.
C’est aussi :
« Elle travaille bien. »
« On peut compter sur elle. »
« Elle est sérieuse. »
« Elle ne pose pas de problème. »
Cette reconnaissance fait du bien. Et sans forcément nous en rendre compte, nous pouvons apprendre à la rechercher.
Des années plus tard, personne ne nous distribue plus de 18/20.
Mais nous pouvons continuer intérieurement à attendre le signe qui dira :
Oui. Là, c’est bien. Là, vous êtes à la hauteur.
Comment reconnaître la bonne élève qui vit encore en vous ?
Vous n’avez pas besoin d’avoir été première de la classe.
Le mécanisme peut apparaître lorsque vous vous reconnaissez régulièrement dans plusieurs de ces situations :
- vous avez du mal à être pleinement satisfaite de votre travail tant que quelqu’un d’autre ne l’a pas validé ;
- vous passez beaucoup de temps à préparer, vérifier ou améliorer pour éviter de vous tromper ;
- vous dites oui alors qu’une partie de vous voudrait dire non, parce que décevoir vous coûte cher ;
- vous demandez de nombreux avis avant certaines décisions, puis doutez encore ;
- vous attendez parfois qu’on remarque vos efforts plutôt que de demander clairement ce dont vous avez besoin ;
- vous choisissez plus facilement ce qui paraît raisonnable, valorisé ou « correct » que ce qui vous attire profondément ;
- lorsque vous échouez, vous ne remettez pas seulement en question ce que vous avez fait : vous vous remettez en question, vous.
Au travail, ce fonctionnement peut devenir très visible.
Mais il ne reste pas au bureau.
On peut vouloir être une « bonne » mère. Une « bonne » compagne. Une amie toujours disponible. Une fille qui ne fait pas de vagues. Une entrepreneure irréprochable.
À chaque fois, la même question peut se cacher dans des situations très différentes :
Qu’est-ce qu’il faut que je fasse pour que ce soit bien ?
Et peu à peu, c’est cette question essentielle qui peut s’effacer :
Qu’est-ce que je veux, moi ?
Le vrai piège : chercher à l’extérieur la preuve de sa propre valeur
Vouloir être appréciée est humain.
Le problème n’est pas d’aimer recevoir un compliment, d’être heureuse d’une reconnaissance professionnelle ou de tenir compte de l’avis des gens que l’on aime.
Il apparaît lorsque notre sécurité intérieure dépend de plus en plus de ces signes.
Si votre travail est applaudi, vous vous sentez compétente.
S’il est critiqué, vous doutez de votre valeur.
Si quelqu’un approuve votre décision, vous respirez.
S’il la questionne, vous recommencez à analyser.
L’extérieur possède alors une sorte de droit de notation sur votre vie.
Il faut faire un peu mieux. Donner davantage. Éviter l’erreur. Ne pas trop déranger. Rester digne de la bonne appréciation.
Et vous pouvez parfaitement savoir intellectuellement que « votre valeur ne dépend pas du regard des autres » tout en étant profondément déstabilisée lorsqu’une personne importante vous désapprouve.
Comprendre quelque chose n’est pas toujours suffisant pour l’avoir réellement intégré.
C’est aussi pour cela que la réponse n’est probablement pas une nouvelle phrase positive à répéter devant votre miroir.
Le mouvement est plus profond : reconstruire progressivement une relation avec vous-même dans laquelle votre propre expérience redevient une information essentielle.
Si ce sujet vous touche, découvrez six exercices pour renforcer votre estime de vous-même et apprendre à vous aimer davantage.
Le jour où je me suis demandé : « Qu’est-ce que j’aime vraiment ? »
Je me souviens très précisément de cette période de ma vie.
Août 2012.
Je suis en vacances, allongée sur un transat au bord d’une piscine. Je prends un carnet et un stylo et j’écris une question :
« Qu’est-ce que j’aime VRAIMENT ? »
Quelques jours auparavant, un conflit assez banal a ouvert une brèche.
Et ce jour-là, je décide de reprendre une à une les choses que je dis aimer.
Le piano. La psychologie. La lecture. L’écriture. La comptabilité. Les voyages.
Et de me demander :
Est-ce que j’aime réellement cela ?
Ou est-ce que j’ai appris à l’aimer pour faire plaisir ?
Pour être gentille ? Pour être aimée ? Pour être reconnue ou admirée ?
Le sujet n’était finalement pas seulement de trouver mes passions.
C’était de découvrir ce qui restait de moi lorsque je retirais momentanément le regard des autres de l’équation.
Et c’est une question particulièrement puissante pour une bonne élève.
Parce que vous pouvez avoir construit une vie parfaitement cohérente sur le papier. Avoir obtenu les diplômes. Choisi une profession rassurante. Pris des décisions raisonnables. Répondu présente lorsqu’on avait besoin de vous.
Et découvrir un jour que vous savez beaucoup mieux répondre à :
« Qu’attend-on de moi ? »
qu’à :
« Qu’est-ce qui compte vraiment pour moi ? »
Si cette dernière question vous paraît étonnamment difficile, lisez bien la suite.
À force d’apprendre les règles, on peut oublier de choisir les siennes
C’est probablement là que se trouve le cœur du syndrome de la bonne élève.
Avec le temps, nous n’avons même plus besoin que quelqu’un nous impose des règles. Nous les avons intégrées.
Nous savons ce qu’une femme « devrait » être. Ce qu’une mère sérieuse devrait faire. Ce qu’une personne raisonnable devrait choisir. À quel âge nous devrions avoir réussi certaines choses. Ce qu’il serait légitime de vouloir. Ce qui serait trop ambitieux, trop risqué, trop égoïste ou trop différent.
L’ancienne évaluation extérieure est devenue une grille intérieure.
La professeure n’est plus devant nous. Elle vit parfois dans notre tête.
C’est ce qui rend ce mécanisme si subtil : nous pouvons avoir objectivement beaucoup de liberté tout en continuant à prendre nos décisions selon des règles que nous n’avons jamais réellement choisies.
Sortir du syndrome de la bonne élève ne consiste donc pas à faire systématiquement le contraire de ce qu’on attend de vous.
Ce serait encore laisser les autres décider, simplement à l’envers.
Il ne s’agit pas davantage de devenir moins fiable, moins ambitieuse ou de considérer toute contrainte comme une atteinte à votre liberté.
Il s’agit d’introduire un espace.
Entre l’attente et votre réponse. Entre l’avis reçu et votre décision. Entre ce que « l’on fait » et ce que vous choisissez de faire.
Et dans cet espace, recommencer à vous demander :
Qu’est-ce qui se passe en moi ?
Qu’est-ce qui est important pour moi ?
Quel choix correspond à mes valeurs, à mes besoins et à la vie que je souhaite réellement construire ?
Clarifier vos valeurs peut justement vous aider à distinguer ce qui compte profondément pour vous de ce que vous avez simplement appris à considérer comme important.
Pour approfondir la question de ce qui vous définit réellement, vous pouvez aussi lire « Qui suis-je vraiment ? 5 clés pour mieux vous comprendre ».
Vous avez passé beaucoup de temps à apprendre à répondre aux attentes. Et si vous consacriez maintenant du temps à apprendre à vous écouter ?
Dans ma conférence offerte « 8 étapes clés pour créer la vie qui te ressemble », je vous propose justement de revenir à vous, de clarifier ce qui compte vraiment et de retrouver un cap plus personnel.
Le piège ultime : vouloir parfaitement guérir du syndrome de la bonne élève
Et puis il existe un piège particulièrement révélateur.
Vous découvrez votre fonctionnement. Vous comprenez que vous avez besoin de validation. Vous décidez de davantage vous écouter. De moins vous soucier du regard des autres. De lâcher prise. De vous faire confiance.
Et quelques semaines plus tard, votre bonne élève revient avec son carnet de notes :
« Je cherche encore trop l’approbation. »
« Je ne m’écoute pas assez. »
« J’aurais dû réussir à dire non. »
« Je retombe encore dans mes anciens schémas. »
Même la sortie du syndrome devient un nouvel examen à réussir.
Les qualités qui vous ont permis d’obtenir de bons résultats peuvent simplement changer de terrain.
Si quelque chose ne fonctionne pas, vous cherchez davantage. Si vous ne vous sentez pas mieux, vous faites plus d’efforts. Si vous avez l’impression de régresser, vous vous jugez.
On peut même finir par vouloir :
- bien méditer ;
- bien s’écouter ;
- bien lâcher prise ;
- bien accueillir ses émotions ;
- bien être présente.
Et transformer un chemin qui devait justement nous libérer de la pression… en nouvelle source de pression.
C’est une nuance essentielle.
Vous n’avez pas raté votre cheminement parce que vous vous surprenez encore à chercher l’approbation.
Vous venez simplement de voir quelque chose qui était peut-être automatique quelques secondes auparavant.
Et voir ce mécanisme est déjà très différent de lui obéir sans le remarquer.
Comment commencer à sortir du syndrome de la bonne élève ?
Je n’ai pas envie de vous proposer une méthode toute faite en cinq étapes pour « guérir » de ce syndrome ou ne plus être la bonne élève.
Pourquoi ?
Parce que vous pourriez transformer ces cinq étapes en un nouveau programme scolaire. 🙂
Je vous propose plutôt quelques mouvements à expérimenter.
Repérez votre examinatrice intérieure
Pas pour la supprimer. Pour la reconnaître.
Lorsque vous vous sentez sous pression, demandez-vous :
Qui est en train de me noter ?
Est-ce qu’une personne me demande réellement cela ? Ou est-ce que j’ai déjà imaginé ses attentes et son jugement ? Que craindrais-je si elle pensait que j’ai mal fait ?
Cette observation permet déjà de distinguer la situation réelle de tout ce que vous lui ajoutez intérieurement.
Demandez-vous ce que vous choisiriez sans applaudissements
Voici une question que j’aime beaucoup :
Si personne ne le savait, est-ce que je voudrais toujours cela ?
Si personne n’était impressionné par votre poste, votre maison, votre niveau de revenu, votre générosité ou votre discipline, est-ce que ce choix resterait important ?
La réponse n’est pas nécessairement non.
Vous pouvez aimer profondément quelque chose que les autres valorisent également.
L’objectif n’est pas de suspecter chaque désir.
Simplement de démêler progressivement ce qui vous appartient de ce qui a été adopté pour obtenir une bonne note.
Réapprenez à prendre de petites décisions sans organiser un référendum
Lorsque vous avez longtemps utilisé le regard extérieur comme boussole, vous en passer brutalement peut sembler difficile.
Commencez petit.
Un restaurant. Une activité. Une manière d’organiser votre week-end. Une invitation que vous souhaitez accepter ou refuser.
Observez la tentation de demander plusieurs avis.
Puis accordez-vous le droit de choisir avec les informations dont vous disposez aujourd’hui.
Votre décision n’a pas besoin d’être parfaite pour être vôtre.
Définissez vos propres critères de réussite
La bonne élève sait très bien réussir un examen lorsque quelqu’un d’autre définit le barème.
Mais qu’est-ce qu’une vie réussie selon vous ?
Une carrière réussie doit-elle nécessairement monter toujours plus haut ? Une bonne mère doit-elle être disponible tout le temps ? Une relation réussie est-elle une relation qui dure à tout prix ? Une journée productive doit-elle contenir beaucoup de choses ?
Vous avez le droit de remettre ces définitions sur la table.
Et même de changer d’avis.
Vos règles ne sont pas un nouveau règlement intérieur gravé dans le marbre. Elles peuvent évoluer avec vous.
Et quand la bonne élève revient… ne lui donnez pas une mauvaise note
Vous allez encore chercher de la validation. Vous allez parfois vouloir faire parfaitement. Vous allez hésiter.
Vous allez vous entendre penser : « J’aurais dû être plus libre. »
À ce moment-là, inutile d’ajouter : « Décidément, je suis vraiment nulle pour sortir de ce syndrome. »
Vous venez simplement d’identifier le mécanisme.
Regardez-le. Reconnaissez la pression.
Puis revenez à la question essentielle :
Qu’est-ce qui compte pour moi maintenant ?
Pour aller plus loin — audio
L’épisode #77 — « Comment s’écouter quand on a grandi en s’oubliant » complète particulièrement bien ce travail : il approfondit la reconnexion à soi sans confondre « s’écouter » avec suivre automatiquement chacune de ses pensées ou émotions.
Vous n’avez plus besoin d’obtenir 20/20 à votre propre vie
La bonne élève en vous n’est pas votre ennemie.
Elle a développé de belles ressources : la rigueur, la curiosité, la capacité de travail, l’engagement, le désir de progresser.
Vous n’avez pas besoin de jeter ces qualités pour devenir libre.
Vous avez simplement besoin qu’elles cessent de décider à votre place.
À force de très bien apprendre les règles, on peut finir par ne plus savoir lesquelles sont les nôtres.
Alors peut-être que votre prochaine étape n’est pas d’apprendre une règle supplémentaire.
Peut-être consiste-t-elle à recréer suffisamment d’espace pour entendre ce qui se passe en vous.
Et, à partir de là, choisir.
Pas parfaitement. Pas définitivement. Pas en étant certaine que tout le monde approuvera.
Mais de plus en plus consciemment.
Sortir du syndrome de la bonne élève, ce n’est pas réussir à devenir une ancienne bonne élève.
C’est se redonner suffisamment d’espace pour entendre à nouveau sa propre voix.
Vous avez envie de remettre votre propre voix au centre de votre vie ?
Dans ma conférence offerte « 8 étapes clés pour créer la vie qui te ressemble », je vous partage les grands repères que j’utilise pour mieux se connaître, s’écouter, traverser ses peurs et transformer progressivement ses prises de conscience en choix concrets.
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